Contexte et enjeux
La performance nourricière face au défi alimentaire
Près de dix milliards d’êtres humains en 2050 !
2 bouches de plus à nourrir, à chauffer, à transporter par seconde…
La planète comptait 8,2 milliards d’habitants en 2024 et devrait en compter 9,7 en 2050, culminer à 10,3 milliards au milieu des années 2080, et commencer ensuite à diminuer pour atteindre 10,2 milliards en 2100. Alors que certains pays continuent de croître rapidement, d’autres voient leur population diminuer. Dans le même temps, la population mondiale vieillit, l’espérance de vie mondiale continuant à augmenter et la fécondité à baisser. Tels sont les enseignements des dernières estimations et projections de la population mondiale qui ont été publiées par la Division de la population des Nations Unies (World Population Prospects. The 2024 Revision[1]). En Chine, la population devrait diminuer de 200 millions, soit près de 14 %, entre 2024 et 2054. En Inde, la population devrait augmenter d’autant dans la même période, consolidant sa première place à l’échelle mondiale.
Foule de personnes dans un marché alimentaire en Inde
Alors qu’on parle de plus en plus d’autonomie alimentaire, les populations se déplacent dans les villes, et les campagnes se vident dans de nombreux pays. Les urbains représentent aujourd’hui 53 % de la population mondiale. En 2050, 6,5 milliards de personnes pourraient vivre dans les villes : 67 % de la population mondiale totale. Comment ces villes seront-elles nourries, approvisionnées ? A cet horizon, les huit premières villes (Mumbai, Dehli, Calcutta, Kinshasa, Dhaka, Lagos, Karachi, Tokyo) seront des mégapoles de 32 à 42 millions d’habitants, et des villes portuaires pour la plupart. L’urbanisation accroît la demande d’aliments transformés et de produits animaux. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la consommation annuelle de viande par habitant devrait déjà atteindre 45,3 kg en 2030, contre 36,4 kg en 1997-1999.
Il est indispensable de relocaliser la production pour plus de souveraineté et pour permettre aux populations rurales de jouir de la possibilité d’améliorer leurs moyens de subsistance par leur participation aux chaînes de valeur agroalimentaires mondiales. Mais il est clair que les échanges mondiaux de produits agricoles vont continuer à augmenter. Pour l’OCDE et la FAO, le bon fonctionnement des marchés internationaux des produits agricoles demeurera donc déterminant pour la sécurité alimentaire mondiale, dans la mesure où 20% des calories font l’objet d’un échange commercial. Cela est d’autant plus crucial que les pays où les besoins augmentent le plus sont aussi ceux qui ont les plus gros défis à relever : main d’œuvre agricole disponible, changement climatique, accès aux ressources naturelles (terre, eau, etc.), transition énergétique, décarbonation des transports, etc.
UTILISATION DE PRODUITS AGRICOLES PAR TYPE ET PAR REGION

Note: les parts sont calculées à partir de données en équivalent calories. Les 38 pays et les 11 agrégats régionaux pris en compte dans le scénario de référence sont répartis entre les quatre catégories de revenus selon leur revenu par habitant de 2018. Les limites appliquées sont les suivantes : faible < 1 550 USD ; intermédiaire de la tranche inférieure < 3 895 USD ; intermédiaire de la tranche supérieure < 13 000 USD ; élevé > 13 000 SD.
Source : OCDE/FAO (2024), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), https://doi.org/10.1787/agr-data-fr
Dans le rapport Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2024-2033, les deux institutions indiquent que durant la prochaine décennie, la consommation totale de produits agricoles et halieutiques (utilisés pour l’alimentation humaine et animale, pour la production de carburants et en tant que matières premières pour d’autres usages industriels) devrait s’accroître de 1,1% par an. Et presque toute la consommation supplémentaire prévue devrait être attribuable aux pays à revenu faible ou intermédiaire. L’alimentation humaine continuera de représenter la majeure partie de la demande de céréales, suivie de près par l’alimentation animale. En 2033, 41% de l’ensemble des céréales seront directement consommés par l’homme, tandis que 36 % seront utilisés pour les aliments pour animaux et que le reste sera transformé en biocarburants et autres produits industriels.
EVOLUTION DE L’UTILISATION DES TERRES AGRICOLES, 2021-23 A 2033

Source : OCDE/FAO (2024), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), https://doi.org/10.1787/agr-data-fr
La performance nourricière de l’agriculture est un enjeu (local et global) majeur de notre siècle. Elle doit donc être mise en regard d’autres enjeux cruciaux que sont les impacts environnementaux (qualité de l’eau, consommations d’énergie, émissions de gaz à effet de serre, biodiversité, occupation des sols), économiques et sociaux liés à la production agricole.
Objectifs du calculateur de performance nourricière des exploitations et des territoires
PerfAlim est un calculateur de la performance nourricière des producteurs et territoires agricoles. Son utilisation répond à trois objectifs :
Informer les acteurs sur le potentiel nourricier de leur exploitation, abordé sous l’angle de la satisfaction des besoins nutritionnels de la population en énergie et protéines, avec des données représentatives et homogènes, et fondées sur un modèle simple et transparent. Quel que soit l’activité de la ferme, le résultat permet de définir un dénominateur commun à tous les types d’agriculture et d’agriculteurs de France : la capacité à nourrir les hommes.
Aider les acteurs dans l’arbitrage des choix stratégiques de conduite de leur exploitation, en intégrant aux différents indicateurs de suivi de la performance, la notion de performance nourricière. Parce qu’en créant un compte, vous pouvez sauvegarder vos données, vous pouvez créer plusieurs scénarios afin de comparer différentes stratégies et d’en comprendre les impacts sur votre capacité nourricière.
Communiquer auprès du grand public sur la fonction première de l’agriculture, souvent occultée aujourd’hui, qu’est sa fonction nourricière. Grâce aux visuels proposés, vous pourrez communiquer sur votre exploitation, sur les marchés, dans les foires et salons, etc. La performance alimentaire permet de proposer une vision de l’agriculture plus nuancée que celle qui n’en retient souvent que l’impact sur l’environnement. C’est ainsi, que PerfAlim est utilisé pour calculer cet indicateur dans CAP’2ER®, ClimAgri®, SYSTERRE® et PerfAgroP3®.
Visuels issus du résultats de calcul de performance nourricière pour la Ferme de Grignon (78) pour l’année 2024
Mise en perspective des différents impacts de l’activité agricole
L’intégration de la performance nourricière dans les indicateurs de suivi d’une exploitation agricole a été initiée dans le modèle Perfagro P3 développé par le CEREOPA depuis 2008, qui permet de rechercher des solutions optimales en termes de marge économique, de performances environnementale et nourricière, en explorant différents choix de production (nature des activités et itinéraires techniques de production).
Cette triple approche de la performance d’une exploitation agricole a été traitée très concrètement dans le cadre du projet Grignon Energie Positive (GE+). Ce projet, initié dès 2005, et mené sur la ferme expérimentale d’AgroParisTech à Grignon, traite l’importante question des adaptations possibles et souhaitables de l’agriculture et des filières alimentaires face aux défis de la crise de l’énergie et du réchauffement climatique, tout en maintenant un objectif de productivité élevé. Il revêt dès le départ deux dimensions distinctes et complémentaires : une dimension technique visant à explorer des solutions innovantes et une dimension éducative visant à expliquer ces nouveaux enjeux.
Ferme de Grignon (Yvelines, France)

